Je relaie un courrier de Philippe Schmitt, père d' Anne-Lorraine, tuée
dans le RER D par un violeur récidiviste. Le colonel Schmitt a rejoint
l'Institut pour la Justice, une association indépendante fondée en
avril 2007 pour promouvoir une réforme du système judiciaire français,
qui en a bien besoin. Pour ce faire, l'Institut pour la Justice lance
un référendum auquel on peut participer à partir du site
http://www.institutpourlajustice.com/
Voici le message :
>
> "Paris, le 6 octobre 2008
>
> Le matin du 25 novembre dernier, j'attendais ma fille Anne-Lorraine
> sur le pont qui surplombe les voies à la gare de la Borne Blanche,
> dans l'Oise. J'étais impatient de la retrouver parce que je ne l'avais
> pas vue depuis trois semaines. Mais quand le train de 10h30 est
> arrivé, Anne-Lorraine n'est pas descendue.
>
> Ce souvenir me hantera jusqu'à ma mort. Car j'ai appris plus tard que
> ma fille était bien dans le premier wagon, mourante, incapable de
> crier au secours. Elle avait reçu trente-quatre coups de couteau d'un
> homme qui sortait de prison, pour avoir commis un viol quasiment au
> même endroit en 1995.
>
> En tant que parent ou grand-parent, vous pouvez imaginer le nombre de
> nuits où ma femme Elisabeth et moi avons revécu, en cauchemar, la
> scène qui a eu lieu dans ce train, ce jour-là.
>
> Anne-Lorraine était l'aînée de nos cinq enfants. C'était une vraie
> battante. Elle voulait devenir journaliste et s'était donné tous les
> moyens pour réaliser son rêve. Elle ne se plaignait jamais, elle était
> toujours riante, toujours de bonne humeur. Sa perte est irréparable.
>
> Mais le jour de son enterrement, Elisabeth et moi nous sommes engagés
> à ce que son sacrifice ne soit pas vain.
>
> Dix mois se sont écoulés. Nous avons étudié la question en profondeur
> et nous sommes aujourd'hui certains que les pouvoirs publics
> pourraient prendre des mesures pour empêcher que des centaines
> d'autres femmes et enfants subissent le même martyre.
>
> Mais encore faut-il qu'une forte demande se manifeste de la part des
> citoyens comme vous.
>
> C'est pourquoi je vous écris cette lettre. Elisabeth et moi vous
> demandons de participer au Référendum sur la Justice.
>
> Il faut que vous sachiez que, pour les parents des victimes de
> criminels, l'horreur ne s'arrête pas le jour de l'enterrement. Le
> véritable calvaire commence quand vous réalisez que justice ne pourra
> que très difficilement être rendue.
>
> Quels que soient les souffrances, les tortures, les actes de barbarie
> que votre enfant a subis, notre système judiciaire ne permet quasiment
> plus de donner une juste peine au coupable.
>
> Comprenez-moi bien : je n'éprouve aucune haine à l'égard du meurtrier
> de ma fille. Je l'ai dit à l'époque et je le répète aujourd'hui. Je ne
> suis animé par aucun esprit de vengeance.
>
> Mais les faits sont là :
>
> Cet homme avait déjà été condamné pour viol avec arme, dans les mêmes
> circonstances, ce qui lui avait valu d'être condamné à cinq ans de
> prison en 1996. Mais il avait été relâché après deux ans seulement. Il
> était revenu vivre à deux pas de sa première victime, sans que
> celle-ci soit jamais avertie. On lui a laissé toute liberté de
> décider, un matin, de recommencer.
>
> Aujourd'hui, il a été de nouveau arrêté mais, d'après les lois
> actuelles, il sera libéré dans à peine quelques années !
>
> A ce moment-là, il reviendra vivre près de chez nous. Rien n'obligera
> les magistrats à nous prévenir, ce jour-là. Et il croisera peut-être
> une autre de mes filles dans le RER.
>
> C'est l'effrayant résultat de l'évolution de notre système pénal ces
> trente dernières années.
>
> Pierre Bodein, condamné à 30 ans de réclusion criminelle en 1994,
> s'est ainsi retrouvé en liberté dès 2004, ce qui lui a permis de
> torturer et d'assassiner Jeanne-Marie Kegelin, 10 ans, Julie Scharsch,
> 14 ans, et Hedwige Vallée, avant d'être rattrapé.
>
> Guy Georges n'a été condamné qu'à une année de prison, après une
> agression sanglante au couteau sur une jeune femme, alors qu'il avait
> déjà quatre tentatives de meurtre derrière lui. A sa sortie, il a donc
> pu recommencer, violer et assassiner sept jeunes filles.
>
> Michel Fourniret a été condamné à cinq ans de prison pour une dizaine
> de viols sur mineurs. Sorti après 3 ans seulement, il a pu commettre
> huit viols et assassinats supplémentaires.
>
> Francis Heaulme a également eu maille à partir des dizaines de fois
> avec la Police et la Justice, avant que son cas ne soit considérer
> comme assez grave pour mériter 30 ans de prison. Mais entre temps, il
> avait commis neuf meurtres.
>
> Francis Evrard, condamné trois fois pour pédophilie, a été relâché en
> juillet 2007, ce qui lui a permis presque immédiatement d'enlever
> Enis, un petit garçon de 5 ans. Il a ensuite évoqué "une quarantaine
> d'enfants". Mais le magistrat qui l'avait libéré avait lui aussi agi
> en toute légalité.
>
> Prison avec sursis, remises de peine, libération conditionnelle,
> semi-liberté, amnisties, liberté surveillée, et, depuis peu, bracelet
> électronique et même "prison hors les murs" (!!!), tout est fait pour
> diminuer les peines d'emprisonnement.
>
> Malgré la récente loi sur la "rétention de sûreté", le nombre de
> remises de peine et de libérations anticipées a augmenté de 34% entre
> 2007 et 2008.
>
> Pourtant, n'y a-t-il pas au moins une certaine catégorie de criminels
> que l'on pourrait définitivement écarter de la société ?
>
> Qui a intérêt à ce qu'on relâche les violeurs et les assassins, quand
> on sait que le nombre de viols et de meurtres avec actes de barbarie a
> déjà augmenté de 200% depuis 1981 ?
>
> Mais regardons les choses en face : les citoyens concernés comme vous
> et moi ont-ils fait tout ce qui était en leur pouvoir pour empêcher
> les pouvoirs publics de relâcher des criminels dangereux ?
>
> Quand leur avons-nous exprimé concrètement notre révolte pour la dernière
> fois ?
>
> Ce qui m'amène à vous poser la question : êtes-vous prêt à faire un
> geste aujourd'hui pour faire évoluer notre société vers une meilleure
> protection des citoyens innocents ?
>
> Il est impossible à un homme et une femme seuls comme mon épouse et
> moi de changer le système judiciaire. Mais si vous nous aidez, nous le
> pouvons.
>
> C'est pourquoi Elisabeth et moi comptons sur vous pour participer au
> "Référendum sur la Justice" organisé par l'Institut pour la Justice.
>
> C'est le meilleur, peut-être le seul moyen de mettre fin à la manière
> irresponsable dont on traite aujourd'hui les criminels dans notre
> pays.
>
> Vous trouverez sur ce Référendum neuf questions sur des réformes qui
> pourraient passer immédiatement et épargner de nombreuses vies
> innocentes.
>
> Ces réponses seront adressées aux médias, aux parlementaires, et à
> Nicolas Sarkozy. Il nous a déjà reçus, mais nous voulons pouvoir
> revenir avec 500.000, 1.000.000 ou même, si c'est possible, 5.000.000
> de référendums.
>
> Si vous le pouvez, nous vous demandons d'aider financièrement
> l'Institut pour la Justice, car c'est une association qui n'a aucune
> ressource pour poursuivre son action autre que les dons que vous allez
> envoyer. Tout va dépendre de vous.
>
> Avec votre aide, l'Institut pour la Justice pourra diffuser ce
> Référendum à des millions d'exemplaires, dans toute la France. Nous
> déclencherons un soulèvement qui obligera les pouvoirs publics à
> réagir.
>
> D'avance, je vous remercie de tout ce que vous pourrez faire pour
> soutenir notre mouvement. Faites-le pour ma fille Anne-Lorraine, pour
> toutes les jeunes filles qui se sont fait assassiner comme elle et,
> plus important encore, pour toutes les futures victimes que nous
> protégerons grâce à notre action.
>
> Philippe Schmitt"
>